Une grossesse devrait être un moment où l’on se sent entourée, protégée, attendue. Pourtant, pour beaucoup de femmes en couple avec un pervers narcissique, c’est au contraire une période où la relation se durcit. Les remarques blessantes se multiplient, l’indifférence s’installe, parfois la peur aussi.
Si vous êtes enceinte et que vous ne reconnaissez plus votre partenaire, ou au contraire que vous le reconnaissez trop bien, cet article est pour vous. Il vous aide à comprendre ce qui se joue, à repérer les signaux d’alerte et à mettre en place une protection concrète, pour vous et pour votre bébé.
Pourquoi la grossesse change la relation avec un pervers narcissique
Le pervers narcissique a besoin d’être au centre. Votre attention, votre énergie, votre admiration lui sont en quelque sorte « dues ». La grossesse bouleverse cet équilibre.
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- Vous n’êtes plus entièrement disponible. Fatigue, nausées, rendez-vous médicaux : votre corps et votre esprit sont mobilisés par autre chose que lui.
- L’entourage se tourne vers vous. Les proches prennent de vos nouvelles, vous félicitent, vous protègent. Il n’est plus le centre de l’attention.
- Un tiers arrive. Le futur enfant est perçu comme un rival plutôt que comme un être à protéger.
- Vous devenez plus dépendante. Financièrement, physiquement, émotionnellement, la grossesse peut vous rendre plus vulnérable. Une personne manipulatrice le sent très bien.
Ce n’est donc pas un hasard si de nombreuses victimes racontent que « tout a basculé » à l’annonce de la grossesse. Dans d’autres cas, la grossesse arrive après une phase d’idéalisation et sert à « attacher » la partenaire, avant que la dévalorisation ne commence.
Les comportements fréquents pendant la grossesse
Chaque situation est différente, mais certains comportements reviennent souvent.
L’indifférence ou le désintérêt
Il ne vient pas aux échographies, ne pose aucune question, change de sujet quand vous parlez du bébé. Ou, au contraire, il s’y intéresse uniquement en public, pour l’image.
Les critiques sur votre corps
« Tu as pris combien de kilos ? », « Tu ne fais plus aucun effort ». Votre corps qui change devient une cible. Ces remarques s’inscrivent dans une logique de dévalorisation qui vise votre estime de vous.
La minimisation de vos besoins
Vos douleurs sont des « caprices », votre fatigue de la « paresse ». Vous êtes accusée d’exagérer pour attirer l’attention. Certaines femmes renoncent même à consulter de peur d’être moquées.
Le silence et le retrait
Il disparaît des soirées entières, ne répond plus, vous punit par le silence. Ce mécanisme est détaillé dans notre article sur le silent treatment.
Le contrôle
Il décide de votre suivi médical, de vos sorties, de vos dépenses, de qui vous voyez. Il peut aussi exercer une pression sur la poursuite ou non de la grossesse.
L’escalade vers la violence
Dans certains cas, les violences verbales deviennent physiques ou sexuelles. Ce n’est jamais « juste une fois ». Si vous reconnaissez des gestes brusques, des menaces ou des objets cassés, lisez notre article sur le pervers narcissique violent et prenez ces signaux au sérieux.
Les risques pour vous et pour votre bébé
La violence dans le couple pendant la grossesse n’est pas un phénomène marginal. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que la violence d’un partenaire intime a des conséquences graves sur la santé physique, mentale, sexuelle et reproductive des femmes.
Une synthèse de la littérature publiée dans le Journal of Women’s Health (Alhusen et al., 2015) associe ces violences à des risques accrus pour la mère (dépression, stress, suivi prénatal insuffisant) et pour le nouveau-né (prématurité, faible poids de naissance).
La violence psychologique compte aussi. Un stress chronique, la peur constante et l’isolement pèsent sur votre santé et sur votre capacité à prendre soin de vous. Vous n’avez pas besoin d’attendre des coups pour avoir le droit d’être aidée.
Checklist : se protéger pendant la grossesse
Voici des étapes concrètes. Vous n’êtes pas obligée de tout faire d’un coup : choisissez ce qui est possible pour vous aujourd’hui.
- Parlez-en à votre sage-femme, à votre gynécologue ou à votre médecin. La Haute Autorité de Santé recommande aux professionnels de santé de poser systématiquement la question des violences à toutes les patientes. Vous pouvez aborder le sujet vous-même : ils sont tenus au secret médical.
- Demandez l’entretien prénatal précoce. C’est un temps d’échange avec une sage-femme ou un médecin, où vous pouvez parler de votre situation de vie, pas seulement de votre santé physique.
- Gardez le lien avec au moins une personne de confiance. Une amie, une sœur, un parent. Convenez éventuellement d’un mot code pour signaler un danger.
- Mettez vos documents à l’abri. Carte d’identité, carte Vitale, carnet de maternité, livret de famille, relevés bancaires : faites-en des copies et confiez-les à une personne sûre.
- Conservez des traces. Messages, mails, photos, certificats médicaux, notes datées. Stockez-les hors de son accès.
- Renseignez-vous sur vos droits. En cas de violences, le juge aux affaires familiales peut délivrer une ordonnance de protection, y compris avant toute plainte, avec des mesures comme l’éviction du conjoint violent du logement.
- Préparez un plan de départ, même si vous ne partez pas maintenant. Où aller, avec qui, avec quoi. Les associations spécialisées peuvent vous aider à le construire.
- Pensez à l’après-naissance. La période post-partum est aussi une période à risque. Organisez du soutien autour de vous pour les premières semaines.
Et après la naissance ?
Beaucoup de femmes espèrent que la naissance va « tout arranger ». Il arrive que le partenaire change de comportement pendant quelque temps, surtout sous le regard de la famille. Mais si la relation reposait sur l’emprise avant la naissance, il est rare qu’elle disparaisse ensuite.
Le bébé peut à son tour devenir un enjeu : un objet de fierté à montrer, un rival, ou un moyen de garder le contrôle sur vous. Nous abordons ce sujet délicat dans notre article pourquoi les pervers narcissiques n’aiment pas leurs enfants, et vous trouverez des pistes de protection dans protéger ma fille de son père narcissique.
Si vous vous interrogez sur le profil de votre conjoint, notre article mon mari est un pervers narcissique vous aidera à faire le point.
Faut-il partir pendant la grossesse ?
Il n’existe pas de réponse unique. Partir enceinte peut sembler insurmontable : la fatigue, les questions d’argent, de logement, la peur de priver l’enfant de son père. Rester peut aussi devenir dangereux.
Ce qui compte, c’est de ne pas rester seule face à cette décision. Les associations d’aide aux victimes connaissent ces situations. Elles peuvent vous aider à évaluer le danger, à connaître vos droits et à trouver un hébergement si nécessaire. Le site gouvernemental arretonslesviolences.gouv.fr recense les contacts utiles près de chez vous.
Et rappelez-vous : protéger votre bébé commence par vous protéger vous.
Quand le doute s’installe : quelques repères pour vous
Pendant la grossesse, les hormones, la fatigue et l’inquiétude rendent parfois les émotions plus vives. Le partenaire manipulateur s’en sert volontiers : « C’est tes hormones », « Tu vois tout en noir ». Vous finissez par douter de votre propre jugement.
Quelques questions simples peuvent vous aider à y voir plus clair :
- Est-ce que je me sens plus en sécurité ou moins en sécurité quand il est à la maison ?
- Est-ce que j’ose lui dire quand je ne vais pas bien, sans craindre sa réaction ?
- Est-ce que je cache certaines choses à mes proches pour le protéger, ou pour éviter d’avoir honte ?
- Est-ce que je me reconnais encore dans la femme que je suis devenue depuis le début de la relation ?
Vos réponses n’ont pas besoin d’être parfaites. Elles sont un point de départ pour en parler à un professionnel ou à une personne de confiance. Vos émotions sont peut-être plus intenses en ce moment, mais elles restent des informations précieuses sur ce que vous vivez.
FAQ
Pourquoi mon conjoint a-t-il changé depuis que je suis enceinte ?
La grossesse déplace l’attention vers vous et le bébé et vous rend plus dépendante. Chez une personne au fonctionnement narcissique, ce changement peut déclencher de la jalousie, de l’indifférence ou un besoin accru de contrôle. Ce n’est pas votre faute.
Puis-je parler de la violence à ma sage-femme ?
Oui. Les sages-femmes et les médecins sont formés à ces questions et tenus au secret professionnel. Ils peuvent vous orienter, vous faire un certificat médical et vous mettre en lien avec des associations.
Un pervers narcissique peut-il devenir un bon père ?
Il peut offrir une image de bon père à l’extérieur. Mais un fonctionnement basé sur le contrôle et le manque d’empathie se retrouve souvent dans la relation à l’enfant. Une évaluation par des professionnels est utile si une séparation se profile.
Que faire si j’ai peur pour ma sécurité ?
En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112. Vous pouvez aussi envoyer un SMS au 114. Pour être écoutée et orientée, le 3919 est gratuit, anonyme et joignable 24 h/24.
En conclusion
Être enceinte d’un pervers narcissique, c’est souvent vivre en même temps la joie d’attendre un enfant et la solitude d’une relation qui fait mal. Ces deux réalités peuvent coexister. Vous avez le droit de chercher de l’aide sans attendre que la situation devienne insupportable.
Entourez-vous de professionnels de santé, d’associations et de personnes de confiance. Et si vous avez besoin d’un espace pour remettre de la clarté dans ce que vous vivez, un accompagnement dédié aux victimes peut vous y aider.
Cet article ne remplace pas un suivi médical : votre sage-femme ou votre médecin restent vos premiers interlocuteurs. Pour les démarches juridiques, faites-vous conseiller par un avocat ou une association. En cas de danger : 3919 (Violences Femmes Info), 17 ou 112.
Sources
- Haute Autorité de Santé (2019). Repérage des femmes victimes de violences au sein du couple.
- Organisation mondiale de la santé. Violence à l’encontre des femmes (aide-mémoire).
- Alhusen J. L. et al. (2015). Intimate Partner Violence During Pregnancy: Maternal and Neonatal Outcomes. Journal of Women’s Health.
- Service-public.fr. Requête au juge aux affaires familiales : délivrance d’une ordonnance de protection.
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